La thérapie IFS (Internal Family Systems, ou Système Familial Intérieur) est une approche novatrice de psychothérapie. Le psychothérapeute américain Richard Schwartz l’a créée dans les années 1980. Elle est née de l’observation clinique et de la rencontre de deux courants thérapeutiques :
- La multiplicité du psychisme : nous sommes tous constitués de plusieurs « parties ». Chaque partie de moi possède sa propre identité et joue un rôle spécifique dans mon système. Cette notion se retrouve déjà dans l’analyse transactionnelle et la thérapie des états du moi, entre autres.
- La thérapie systémique : une approche psychothérapeutique qui considère les problèmes individuels comme liés aux interactions et dynamiques au sein d’un système social, comme la famille ou le couple.
L’IFS considère que nous sommes composés de parties, et que ces parties sont organisées de manière similaire à une famille. Elles entretiennent entre elles des relations, des conflits, des alliances, se protègent, se soutiennent ou s’ignorent. Les parties ont des niveaux de maturité, de sensibilité et d’autonomie variés.
En 2015, l’agence américaine de santé mentale SAMHSA a inscrit l’IFS à son registre des pratiques fondées sur des preuves (NREPP). Ce registre retenait les approches rigoureusement évaluées, qui montraient un impact positif sur la santé mentale.
Exilés, managers et pompiers : les parties selon l’IFS
Différentes parties de nous-mêmes se forment en réponse aux expériences de vie, notamment aux moments de stress, de traumatisme ou de conflit, afin de maintenir l’ensemble du système fonctionnel.
Parmi elles, on trouve les parties exilées. Elles renferment des émotions et des sensations trop intenses pour que nous ayons pu les vivre et les intégrer pleinement. Ces fragments de nous-mêmes portent les cicatrices des moments où nous n’avons pas pu gérer ou assimiler ce que nous ressentions.
Pour éviter que ces parties exilées ne s’activent et submergent à nouveau le système, des parties protectrices se développent. Par exemple, une partie de nous peut se montrer très critique envers nous-mêmes, pour anticiper les critiques des autres. Elle protège ainsi une partie plus vulnérable, qui a déjà été blessée par le rejet et qui a peur de ne pas être aimée.
Il existe trois types de parties :
- Les exilés : ce sont des parties vulnérables, fragilisées par des événements difficiles. Parce qu’ils portent des émotions douloureuses, le reste du système les tient à l’écart. Ils subissent une double blessure : le traumatisme, mais aussi le rejet des autres parties. Les exilés sont souvent accablés par des sentiments de honte, de culpabilité et la conviction de ne pas mériter l’amour.
- Les managers : ce sont des parties qui anticipent les événements pour protéger le système en évitant l’activation des exilés et la résurgence de leur douleur. Parmi eux, on peut par exemple trouver des parties qui jugent, qui organisent, qui contrôlent, qui s’inquiètent ou qui sont pessimistes.
- Les pompiers : ces parties interviennent lorsque, malgré les efforts des managers, les exilés s’activent et menacent de submerger le système. Ils prennent alors le relais pour éteindre le feu des émotions, des images ou des sensations pénibles. Leurs réactions sont souvent impulsives et difficiles à contenir, avec une impression de perte de contrôle : accès de colère ou d’apathie, crises de boulimie, consommation de drogues ou d’alcool. Un pompier peut aussi couper ou anesthésier les sensations corporelles et les émotions pour apaiser le système.
Au cœur de la thérapie IFS : le Self
Selon l’IFS, chacun de nous possède un espace de calme intérieur, appelé le Self. Le Self n’est pas une partie : il n’a pas d’intention propre. Il est plutôt le contenant et la source de notre être, proche du concept de « Soi » chez Carl Jung. Il incarne des qualités souvent résumées par les « 8 C » : le courage, la confiance, la créativité, la curiosité, le calme, la compassion, la connexion et la clarté.
C’est depuis cet espace de paix intérieure que nous accueillons les différentes parties, protectrices comme vulnérables, et ce qu’elles expriment : sensations corporelles, émotions, pensées. L’objectif principal de la thérapie IFS est de faciliter un dialogue respectueux et curieux entre ces parties, guidé par le Self.
Comment se déroule une thérapie IFS ?
La première étape consiste généralement à aider la personne à se reconnecter à son Self. Ce n’est pas toujours possible tout de suite, notamment quand les émotions la submergent. C’est alors le Self du thérapeute qui facilite la communication avec les différentes parties, pour les apaiser. Lorsque le Self de la personne émerge, le travail peut commencer avec lui et avec les parties protectrices présentes.
Ces parties protectrices se sont formées à des moments où le système manquait de ressources pour se défendre : elles lui ont permis de tenir. Leur intention est donc toujours positive, même si leurs stratégies ne sont parfois plus adaptées au moment présent.
Quand elles constatent que ces ressources sont maintenant disponibles, les parties protectrices autorisent progressivement l’accès aux parties vulnérables. Celles-ci peuvent alors libérer leurs fardeaux : des croyances, des pensées et des émotions douloureuses liées au passé. Une fois la partie vulnérable libérée, les parties qui la protégeaient peuvent se transformer et intégrer de nouvelles qualités, comme la confiance et la créativité. Il en résulte un équilibre plus harmonieux dans notre vie.
Ce que la thérapie IFS change au quotidien
Grâce à cette approche, nous améliorons notre capacité à accueillir avec curiosité et bienveillance ce qui se passe en nous, y compris nos conflits intérieurs et nos réactions face aux autres et à la vie. C’est de cette acceptation bienveillante, et de la libération des fardeaux portés par les parties, que naît le changement. L’IFS est ainsi non seulement un modèle thérapeutique, mais aussi une méthode et un art de vivre.
La thérapie IFS peut aussi s’associer à d’autres approches pour accompagner le travail sur les traumatismes, comme l’EMDR ou la Somatic Experiencing. En tant que thérapeute IFS, je combine ces approches selon les besoins de chaque personne. Pour en savoir plus sur le modèle et ses formations en France, vous pouvez consulter le site de l’IFS-association.
Questions fréquentes sur la thérapie IFS
Qu’est-ce que la thérapie IFS ?
La thérapie IFS (Internal Family Systems) considère que différentes « parties » composent notre monde intérieur. Certaines cherchent à nous protéger, tandis que d’autres portent des blessures du passé. Vous apprenez à les rencontrer avec curiosité et compassion, depuis une posture que l’IFS appelle le Self. L’objectif est d’apaiser les conflits intérieurs et d’aider ces parties à se libérer des émotions et des croyances douloureuses qu’elles portent.
À qui s’adresse la thérapie IFS ?
La thérapie IFS peut vous aider si vous vivez des conflits intérieurs, vous critiquez beaucoup ou souffrez de réactions comme la colère, l’anxiété, les compulsions ou le repli. Elle invite à rencontrer les parties de vous qui vivent ces difficultés, à accueillir leurs besoins et à apaiser les blessures qu’elles portent. Des praticiens l’utilisent aussi dans l’accompagnement des traumatismes, notamment ceux vécus dans l’enfance.
Comment pratiquer l’IFS au quotidien ?
Vous pouvez commencer par repérer les moments où différentes envies s’opposent : une partie de vous souhaite dire non, tandis qu’une autre craint de décevoir. Au lieu de vous juger, prenez un instant pour reconnaître chacune de ces réactions.
Dire « une partie de moi a peur » plutôt que « j’ai peur » peut vous aider à prendre du recul, sans nier votre émotion. Remarquez comment cette partie se manifeste : une pensée, une image, une sensation corporelle ou une envie d’agir. Si vous ressentez suffisamment de curiosité envers elle, demandez-lui intérieurement : « Qu’aimerais-tu que je sache ? De quoi as-tu besoin ? » Accueillez ce qui vient, sans forcer une réponse ni chercher immédiatement à la changer.
Si vous ressentez surtout de l’agacement ou l’envie de la faire disparaître, remarquez aussi cette réaction : une autre partie a peut-être besoin d’attention. L’objectif est de développer une relation de confiance avec vos parties, pour qu’elles se sentent accueillies et puissent progressivement relâcher leurs protections.
Cette pratique personnelle ne remplace pas un accompagnement thérapeutique. Pour explorer des blessures complexes ou des souvenirs qui vous submergent, faites-vous accompagner par un thérapeute formé à l’IFS et au psychotraumatisme. Si l’exploration devient trop intense, interrompez-la et revenez à votre environnement présent, sans chercher à aller plus loin seul.
Peut-on combiner l’IFS et l’EMDR ?
Oui, j’associe ces deux approches selon vos besoins. L’IFS aide à entrer en relation avec les parties protectrices, à accueillir leurs craintes et à obtenir leur accord pour explorer les souvenirs traumatiques. Ce travail peut faciliter l’accès aux souvenirs et leur retraitement en EMDR, tout en respectant votre rythme.
Peut-on combiner l’IFS et la Somatic Experiencing ?
Oui, et les deux approches se complètent bien. L’IFS invite à entrer en relation avec vos parties intérieures et à accompagner ce qu’elles vivent. La Somatic Experiencing apporte une attention particulière à ce qui se passe dans votre corps : tensions, agitation, engourdissement, mais aussi sensations de confort et de stabilité. Leur association permet d’explorer votre vécu intérieur tout en repérant les signes de débordement et en ajustant le rythme du travail à vos capacités du moment.
Combien de séances de thérapie IFS faut-il ?
Cela dépend de votre histoire et de ce que vous souhaitez travailler. Une difficulté ponctuelle peut s’apaiser en quelques séances. Des blessures anciennes ou des traumatismes répétés peuvent demander un accompagnement plus long. Nous ajustons le rythme du travail à vos besoins et à ce que vos parties se sentent prêtes à explorer.
Quel livre lire pour découvrir l’IFS ?
Pour découvrir l’IFS, vous pouvez lire Pourquoi nous sommes essentiellement bons, de Richard Schwartz, le créateur du modèle (Éditions Quantum Way, 2024). Cet ouvrage, publié en anglais sous le titre No Bad Parts, présente l’approche et propose des exercices, des méditations et des exemples de séances pour explorer votre monde intérieur.
Combien coûte une séance, et est-ce remboursé ?
Vous trouverez mes tarifs sur la page Cadre & tarifs. L’Assurance maladie ne rembourse pas les séances que je propose. Pour une éventuelle prise en charge complémentaire, vérifiez auprès de votre mutuelle les garanties de votre contrat et les conditions concernant le statut du praticien.