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Prendre sa part de responsabilité dans le couple : ce que l’accountability change vraiment

Aucune relation n’échappe aux conflits, aux malentendus ou aux moments où l’un blesse l’autre. Parmi les ingrédients fondamentaux d’une relation solide, il y a la capacité à réparer : revenir vers ce qui s’est passé et tenter de restaurer le lien plutôt que de laisser la blessure s’installer.

Les anglophones parlent d’accountability.
On pourrait traduire cela par « prendre sa part de responsabilité », mais le mot anglais va un peu plus loin : il implique aussi d’assumer l’impact de ses actes et la réponse que l’on choisit d’y apporter.

Qu’est-ce que l’accountability, concrètement ?

L’accountability, c’est la capacité à regarder honnêtement sa part de responsabilité dans une situation et l’impact réel de son comportement sur l’autre, indépendamment de l’intention initiale.

Elle demande deux choses :

  • Laisser la souffrance de l’autre nous toucher : « Ta souffrance compte pour moi. »
  • Regarder honnêtement ce qui nous appartient : « Je vais chercher quelle est ma part. »

Prendre sa part ne signifie pas se déclarer responsable de toute la souffrance de l’autre. Cette souffrance peut venir de ton comportement, mais aussi de son histoire, de ses blessures antérieures ou de la dynamique entre vous.

Ton comportement peut contribuer à la souffrance de l’autre sans pour autant être mauvais ou illégitime. Avoir une part dans ce qui se passe ne signifie donc pas nécessairement avoir quelque chose à se reprocher.

On ne cherche pas un coupable. On cherche honnêtement ce qui appartient à chacun.

Par exemple : « Je vois que lorsque j’ai fait X, cela a contribué à ta souffrance. »

Ni plus. Ni moins.

Concrètement : les 4 mouvements pour prendre sa part

Je propose ici une synthèse en quatre mouvements, inspirée notamment des recherches sur les excuses, sur la manière dont nous nous sentons compris et accueillis par notre partenaire, et sur les processus de réparation après un conflit (Lazare 2004 ; Lewicki, Polin & Lount 2016 ; Reis & Shaver 1988 ; Gottman 1999 ; Makinen & Johnson 2006).

1. Accueillir
« Je vois que tu souffres. Ta souffrance compte pour moi. »

2. Reconnaître sa part et son impact
« Je comprends que ce que j’ai fait ait contribué à ce que tu as vécu. »

3. S’excuser ou exprimer du regret
Si tu reconnais avoir mal agi : reconnaître ta part, l’impact de ton comportement et t’en excuser.
Si ton choix reste légitime : reconnaître ta part dans son impact, et exprimer du regret pour la souffrance à laquelle il contribue, sans présenter ton choix comme une faute.

Une excuse reconnaît un tort. Le regret peut porter sur une conséquence douloureuse sans signifier que le choix était mauvais.

4. Choisir sa réponse
Selon ce qui t’appartient et ce qui est en jeu, plusieurs réponses sont possibles.

  • Changer un comportement précis – pas qui tu es, mais quelque chose que tu fais.
  • Chercher un compromis.
  • Maintenir une limite – reconnaître l’impact sur l’autre sans renoncer à ce qui compte pour toi.
  • Reconnaître une incompatibilité – lorsqu’un désaccord de fond dépasse ce qu’un compromis peut résoudre.


Deux exemples pour illustrer

Exemple 1 – quand la réponse est de changer ou de chercher un compromis

« Quand tu regardes ton téléphone pendant que je te parle, je me sens seul·e et peu important·e. »

Réaction défensive : « Mais je regardais juste un message important ! »

Accueillir : « Je vois que ça t’a blessé·e et que c’est important pour toi. »

Reconnaître l’impact : « Je comprends que tu te sentes seul·e et peu important·e quand je regarde mon téléphone alors que tu me parles. »

S’excuser : « Je suis désolé·e de t’avoir fait souffrir. »

Choisir sa réponse :

  • Changement : « Quand nous discutons, je laisserai mon téléphone de côté. Et si j’attends un message urgent, je te préviendrai avant. »
  • Chercher un compromis : « Quand on parle de quelque chose d’important, je te propose qu’on mette nos téléphones de côté. Pour les moments plus légers, j’aimerais qu’on garde un peu plus de souplesse. Est-ce que ça pourrait te convenir ? »


Exemple 2 – quand la réponse est de maintenir une limite ou de reconnaître une incompatibilité

« Quand tu passes une soirée avec tes amis, je me sens seul et j’aimerais que tu restes avec moi. »

Réaction défensive : « Mais j’ai quand même le droit de voir mes amis ! »

Accueillir : « Je vois que ces soirées sont difficiles pour toi. Ta souffrance compte pour moi. »

Reconnaître l’impact : « Je comprends que tu puisses te sentir seul quand je sors. »

Exprimer du regret : « Je suis désolé que mon choix contribue à ta souffrance. Ça me touche de savoir que c’est difficile pour toi. »

Choisir sa réponse : « Et en même temps, garder du temps avec mes amis est important pour moi. Je ne souhaite pas y renoncer. Mais j’ai envie qu’on cherche ensemble comment prendre soin de toi – et de nous – sans que je me trahisse. »

Ici, « je suis désolé » exprime du regret pour la souffrance vécue, pas une excuse pour avoir fait quelque chose de mal. La distinction est essentielle. On peut tout à fait être touché par la souffrance de l’autre tout en maintenant une décision qui reste juste pour soi.

Ce second exemple illustre un principe important de différenciation : rester en lien avec l’autre sans se perdre soi-même. Accueillir la souffrance de l’autre, ce n’est pas en prendre l’entière responsabilité.

Il est aussi possible qu’en allant plus loin, les partenaires découvrent que le désaccord ne porte pas seulement sur les soirées entre amis, mais sur la place que chacun souhaite donner au couple et à sa vie extérieure : l’un a besoin de voir régulièrement ses amis et de préserver beaucoup d’espace personnel, tandis que l’autre souhaite passer nettement plus de temps ensemble et vivre davantage d’activités à deux.

Si aucun compromis ne permet à chacun de respecter suffisamment ses besoins et ses valeurs, prendre sa part peut aussi conduire à reconnaître une incompatibilité – et parfois à se séparer.


Reconnaître sa part sans se justifier

Reconnaître sa part ne signifie pas renoncer à raconter ce que l’on a soi-même vécu. Mais tout ne doit pas forcément être dit au même moment.

« Je vois que j’ai eu tort de te crier dessus, mais tu m’avais énervé avant » transforme facilement une reconnaissance en défense.

Même chose avec : « Je suis désolé·e, mais ce n’était pas mon intention. »

Ton intention compte. Ce que l’autre a fait avant compte aussi. Mais reconnaître ta part demande d’abord de rester avec l’impact de ton propre comportement.

Le problème n’est donc pas de parler de ton intention, ni de ce qui t’a blessé auparavant. Le problème, c’est de les utiliser immédiatement pour atténuer, expliquer ou contrebalancer l’impact vécu par l’autre.

Tu peux d’abord reconnaître : « Je vois que ça t’a fait souffrir, et j’en suis désolé·e. »

Le reste pourra être abordé ensuite, dans une conversation où chacun pourra à son tour regarder ce qui lui appartient.

Quand « je suis désolé·e que tu ressentes ça » ne suffit pas

« Je suis désolé·e que tu ressentes ça. »

Cette phrase peut exprimer de l’empathie ou du regret. Mais lorsqu’il y a un comportement dont tu as réellement à prendre la responsabilité, elle ne suffit pas comme excuse, car elle reconnaît le ressenti de l’autre sans nommer ce que tu as fait ni ta contribution à ce qu’il vit.

Une excuse réparatrice ressemble davantage à :

« Je suis désolé·e d’avoir regardé mon téléphone pendant que tu me parlais. Je comprends que tu te sois senti·e seul·e et peu important·e. »


Pourquoi c’est si difficile : le rôle du système nerveux

Lors d’un conflit, si tu te sens attaqué·e, jugé·e ou menacé·e, ton niveau d’activation peut devenir suffisamment intense pour rendre l’écoute, la nuance et la compassion plus difficiles.

Tu peux alors basculer :

  • Dans la défense : « J’ai raison. », « Tu exagères. », « C’est toi le problème. »
  • Dans l’effondrement : « Je suis nul·le. », « Je fais toujours tout mal. »

Dans les deux cas, il devient plus difficile de regarder ta part en restant juste et aligné·e : sans te défendre, mais aussi sans te condamner.

Prendre ta part commence donc parfois avant même de parler : ralentir, respirer, sentir ce qui se passe dans ton corps et retrouver suffisamment de sécurité pour pouvoir réellement écouter l’autre.

Pas pour lui donner raison. Pour pouvoir l’entendre.

Quand le trauma s’invite dans la communication

Nos difficultés relationnelles ne sont pas toujours de simples problèmes de communication. Nous apprenons très tôt ce qu’il est possible – ou dangereux – de ressentir, d’exprimer et de demander dans la relation.

Dans certaines familles, la colère n’a pas de place. Dans d’autres, c’est la tristesse, la vulnérabilité, les limites… parfois même la joie, la spontanéité ou le jeu : il faut être sérieux, sage, performant, ne pas déranger.

L’enfant s’adapte alors pour préserver le lien, l’appartenance ou la sécurité. À l’âge adulte, ces anciennes adaptations peuvent réapparaître dans les conflits : se justifier, attaquer, se taire, s’effondrer, ne pas oser dire non ou avoir du mal à entendre la souffrance de l’autre.

Le trauma peut rendre l’accountability beaucoup plus difficile. Lorsqu’une remarque de l’autre réactive une ancienne expérience de honte, de rejet, d’impuissance ou de danger, l’attention peut se déplacer très vite de sa souffrance vers notre propre besoin de nous protéger. Se justifier, contre-attaquer, se fermer ou s’effondrer deviennent alors des réponses plus accessibles que rester présent à ce que l’autre vit. Ce n’est pas nécessairement un manque d’empathie : dans ces moments-là, la protection prend momentanément le dessus sur la capacité à entendre l’autre. Travailler sur ces adaptations permet progressivement de retrouver davantage de choix dans la manière de répondre.


Prendre sa part ne signifie pas résoudre tous les désaccords

Prendre sa part ne signifie pas toujours changer. Certains désaccords ne disparaîtront tout simplement pas.

John Gottman estime qu’environ sept conflits sur dix dans un couple relèvent de « problèmes perpétuels » : des désaccords liés à des différences durables de personnalité, de valeurs ou de besoins.

L’enjeu n’est donc pas de tout résoudre, mais d’apprendre à en parler, à composer avec ces différences et à éviter qu’elles ne deviennent une source chronique de tension ou de ressentiment.


Quand la bonne foi n’est pas là

L’accountability n’a de sens que dans une relation où chacun peut regarder sa propre part. Si une seule personne fait constamment ce travail pendant que l’autre nie, attaque ou inverse les responsabilités, chercher davantage « ce qui m’appartient » peut devenir contre-productif.

Une dynamique appelée DARVO (Deny, Attack, Reverse Victim and Offender – nier, attaquer, inverser les rôles de victime et d’agresseur), décrite notamment par la chercheuse Jennifer Freyd, consiste à nier les faits, attaquer la personne qui confronte, puis inverser les rôles en se présentant comme la victime.

Par exemple :
« Quand tu m’as parlé comme ça devant les autres, je me suis senti·e humilié·e. »
– « Je ne t’ai pas humilié·e, tu exagères. Et franchement, si j’ai parlé comme ça, c’est parce que tu m’avais provoqué·e. C’est toujours moi que tu accuses, alors que c’est toi qui me fais du mal. »

Ici, la discussion ne porte plus sur l’impact du comportement initial. Il y a d’abord déni, puis attaque, puis inversion des rôles. Une réaction défensive ponctuelle ne suffit cependant pas à parler de DARVO. Il s’agit d’un schéma qui se répète.

Si, dans ta relation, c’est systématiquement toi qui finis par t’excuser lorsque tu essaies d’aborder quelque chose qui te blesse, cela mérite d’être regardé attentivement. Sans un minimum de bonne foi partagée, chercher constamment ta part peut te conduire à endosser une responsabilité qui ne t’appartient pas.


À l’autre extrême : prendre la part de l’autre

Prendre sa part ne signifie pas porter ce qui appartient à l’autre.

Si tu modifies constamment tes comportements pour éviter sa souffrance, sa colère ou ta propre culpabilité, il peut être utile de te demander :

« Est-ce que ce que je fais correspond réellement à ma part et à mes valeurs, ou est-ce que j’essaie surtout d’acheter la paix ? »

Le ressentiment peut être un signal que tu t’adaptes trop, que tu prends en charge quelque chose qui ne t’appartient pas ou que tu dépasses tes propres limites. Mais il ne permet pas, à lui seul, de conclure que tu as pris « trop » de responsabilité : faire ce qui t’appartient peut aussi être difficile, coûteux ou frustrant.

À l’inverse, choisir de t’adapter à une sensibilité ou à une blessure de l’autre n’est pas forcément te sacrifier. Tu peux ne pas être responsable de cette blessure et choisir malgré tout d’en prendre soin.

La question est alors de savoir si cet ajustement respecte aussi tes besoins et tes limites, et s’il aide l’autre à mieux traverser ce qui l’active plutôt qu’à simplement l’éviter.


Ce que l’accountability construit dans une relation

Une relation solide ne se construit pas en évitant les conflits ou les blessures. Elle se construit aussi dans ce que l’on est capable d’en faire lorsqu’ils surviennent : reconnaître, réparer, ajuster, poser une limite quand c’est nécessaire – puis retrouver le chemin du lien.

Les travaux de John Gottman sur les processus de réparation dans le couple, comme ceux issus de l’Emotionally Focused Therapy (EFT) développée notamment par Sue Johnson, montrent l’importance de la manière dont les partenaires traversent et réparent les blessures relationnelles (Gottman & Levenson 1999 ; Makinen & Johnson 2006).

Une réparation doit cependant pouvoir être reçue. Cela ne signifie pas effacer ce qui s’est passé, pardonner immédiatement ou retrouver instantanément la confiance. Certaines blessures demandent du temps et des actes cohérents.

Mais lorsque chacun peut progressivement reconnaître ce qui s’est passé, exprimer ce qu’il a vécu et rencontrer une réponse suffisamment accueillante de l’autre, quelque chose de plus profond peut se construire. Les recherches sur l’intimité montrent notamment qu’elle est favorisée lorsque nous pouvons nous dévoiler et nous sentir compris et accueillis par notre partenaire (Reis & Shaver 1988 ; Laurenceau, Barrett & Pietromonaco 1998).

Chaque conflit traversé peut alors devenir une occasion de mieux connaître l’autre – ses blessures, ses besoins, ses limites, ses valeurs – et parfois d’aller vers une intimité plus profonde.

Prendre soin du lien sans se perdre. Rester soi-même sans cesser de prendre soin du lien.

Bienvenue sur cet espace d’écriture et de partage. Je suis Amaël, thérapeute spécialisé dans le psycho-traumatisme et coach de vie.

À travers ces articles, je vous invite à plonger dans des sujets qui me tiennent à cœur et qui touchent à l’épanouissement personnel, au bien-être émotionnel et à la croissance intérieure.

Je propose aussi des consultations au Pays Basque ou en visio.

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Bonjour, je suis Amaël

Thérapeute spécialisé dans le psycho-traumatisme et coach de vie. Je suis formé à la psycho-traumatologie, à la thérapie psycho-corporelle et notamment à la Somatic Experiencing®, à l’EMDR, à l’IFS et au NARM®.

Passionné par la psychologie et les dynamiques sociales, le travail de guérison de mes propres blessures m’ont donné envie de partager mon expérience et me rendre utile au monde. Faisant l’expérience de ma propre évolution, j’ai souhaité changer de profession et incarner ce qui avait pris de l’importance pour moi : le travail sur les ombres et les lumières de l’être humain.

Je propose des consultations au Pays Basque : Biarritz, Bayonne, Jatxou (proche Ustaritz) et en visio. Vous pouvez programmer une séance découverte gratuite avec moi pour faire connaissance et pour échanger sur la manière dont je peux vous accompagner. Cette conversation vous est offerte et ne vous engage à rien, vous pourrez en profiter pour poser toutes les questions que vous voulez !

Amaël Vandoorselaere
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